À l’occasion de la publication des derniers chiffres du commerce parisien issus de l’étude de l’Apur, nous avons échangé avec Emmanuelle Hoss.
IA et retail Les centres commerciaux Nouvelle mobilité
Emmanuelle Hoss : Si le commerce parisien se porte bien, c’est qu’il bénéficie de plusieurs leviers favorables, à commencer par les Parisiens eux-mêmes, qui sont très attachés à leurs commerces de proximité, et encore plus depuis le Covid. C’est aussi le fruit d’une volonté politique forte de la Ville de Paris de soutenir très concrètement la diversité commerciale, via plusieurs leviers, dont la préemption et donc la maîtrise et la régulation du foncier commercial. Bénéficier d’une politique de métropole précurseuse, qui reconnait le commerce comme un sujet politique, faisant partie intégrante de la cité, et qui s’en préoccupe autant, est unique au monde.
D’ailleurs, des représentants des villes comme New-York, Berlin, Barcelone ou Séoul ont récemment montré leur intérêt pour cette stratégie, prenant conscience a posteriori, de l’importance des petits commerces qu’ils voient disparaitre chez eux.
E. H : Tout à fait, car elles sont nombreuses. Etant donné le prix fixe du livre depuis la Loi Lang, la pression foncière empêcherait ces librairies de rester à Paris sans l’aide de la Ville. Et les librairies, considérées comme des « commerces essentiels » depuis la crise sanitaire du Covid, sont aimées et soutenues par les Parisiens, tout comme le sont tous les commerces de proximité de la capitale.
E. H : Totalement. Un nombre très important de linéaires est protégé, dédié à l’activité, pour préserver le commerce de proximité et l’artisanat.
E. H : Paris Commerces représente un guichet unique pour les commerçants et les artisans et a pour objectif d’harmoniser les conditions de commercialisation et la politique de la ville de Paris dans ce domaine. Ce rapprochement s’accompagne d’un renforcement des moyens financiers de 200 millions d’euros sur cinq ans, grâce au partenariat entre la Ville de Paris et la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Il permettra d’acheter des locaux commerciaux et d’installer 200 à 300 commerces de proximité sur tout Paris et non plus seulement sur certains territoires de la capitale. Cette prise de décision très forte traduit l’accélération de la politique en faveur de la préservation de la diversité commerciale.
E. H : Le commerce de proximité n’est pas seulement en lien avec l’activité économique du pays. Il a de nombreuses externalités positives, notamment sociales et sociétales, qui sont encore sous-évaluées et sous-analysées. Une thèse est actuellement menée par la SEM Paris Commerces, Datactivist et l’Ecole des Mines pour créer de nouveaux indicateurs, permettant de mettre en valeur toutes les incidences du commerce.
E. H : Nous sommes de plus en plus nombreux à constater à quel point le commerce est le reflet de l’évolution de nos vies, dans la façon que l’on a de produire mais aussi de consommer. Le défi est d’aller dans le sens des transformations nécessaires, en prenant en compte la vente en ligne mais aussi en accompagnant la transition écologique. L’idée est aussi de se donner les moyens de favoriser la production locale en privilégiant l’artisanat et la consommation responsable, comme en témoigne la création du label « Fabriqué à Paris » par l’adjoint au commerce Nicolas Bonnet-Oulaldj. Le défi de la diversité est également important, ainsi que celui de la régulation.